La transfusion de produits sanguins labiles (PSL) est un acte médical qui engage la responsabilité des professionnels qui interviennent dans le processus transfusionnel. La prescription relève du médecin, tandis que l’administration des PSL peut être réalisée par un médecin ou, sur prescription médicale et dans les conditions réglementaires, par un infirmier ou une sage-femme. Le professionnel qui réalise la transfusion doit notamment respecter les procédures de sécurité transfusionnelle et être en mesure de faire intervenir un médecin à tout moment.
Les PSL délivrés par l’établissement de transfusion sanguine (ETS) ou par un dépôt de sang sont accompagnés d’une fiche de délivrance (FD). Cette fiche associe l’identification du patient aux identifiants des PSL délivrés et constitue un élément essentiel de la traçabilité transfusionnelle. Elle permet notamment de vérifier la concordance entre le patient, la prescription et les produits délivrés.
La fiche de délivrance comporte notamment les informations nécessaires à l’identification du patient, à l’identification des PSL délivrés ainsi qu’aux contrôles immuno-hématologiques nécessaires à leur sélection. Elle accompagne les PSL jusqu’au lieu de transfusion et participe à la traçabilité de l’administration.
La traçabilité doit permettre d’établir le lien entre chaque PSL délivré et le patient auquel il a effectivement été administré. Elle constitue une composante essentielle de l’hémovigilance. Les informations relatives à l’administration doivent être enregistrées dans le dossier du patient et transmises selon les procédures prévues entre l’établissement de santé et l’établissement de transfusion sanguine.
Préparation du matériel
La préparation de la transfusion doit être réalisée avec rigueur afin de garantir la sécurité du patient et de disposer de l’ensemble du matériel nécessaire avant le début de l’acte.
Le matériel nécessaire comprend notamment :
- les produits sanguins labiles prescrits et délivrés pour le patient ;
- un dispositif de transfusion adapté, muni d’un filtre ;
- le matériel nécessaire à la pose ou à l’utilisation de la voie veineuse ;
- le matériel nécessaire à la réalisation du contrôle ultime pré-transfusionnel, lorsque celui-ci est requis ;
- le matériel permettant de mesurer les paramètres vitaux du patient : tension artérielle, fréquence cardiaque, température et, selon la situation, fréquence respiratoire et saturation en oxygène ;
- le matériel nécessaire au respect des règles d’hygiène et d’asepsie ;
- le matériel permettant de prendre en charge rapidement une éventuelle réaction transfusionnelle.
Avant toute transfusion, le professionnel vérifie notamment l’intégrité du contenant, l’aspect du produit, son étiquetage, sa date de péremption et sa concordance avec la prescription et les documents accompagnant le PSL.
Préparation du patient
Avant la transfusion, plusieurs vérifications doivent être réalisées auprès du patient.
Le patient doit avoir reçu une information adaptée sur la transfusion, ses bénéfices, ses risques et son déroulement. Le médecin prescripteur est responsable de l'information médicale et de la prescription. Le patient doit pouvoir poser ses questions et signaler tout antécédent ou toute difficulté susceptible d'avoir une incidence sur la transfusion.
Le professionnel chargé de la transfusion explique également au patient le déroulement pratique de l'acte et lui demande de signaler immédiatement l'apparition de symptômes inhabituels tels que frissons, malaise, douleur, gêne respiratoire, sensation de chaleur, démangeaisons ou tout autre symptôme nouveau.
Avant le début de la transfusion, il convient notamment de :
- vérifier l'identité du patient selon la procédure d'identitovigilance de l'établissement ;
- vérifier la prescription et les documents transfusionnels ;
- vérifier les résultats immuno-hématologiques nécessaires ;
- s'assurer que la voie veineuse est fonctionnelle et adaptée à la transfusion ;
- relever les paramètres vitaux de référence ;
- installer le patient dans des conditions permettant une surveillance adaptée pendant toute la durée de la transfusion.
La voie veineuse utilisée pour la transfusion doit être compatible avec le produit transfusé et les dispositifs utilisés. La transfusion ne doit pas être réalisée sur une voie perfusant simultanément une solution médicamenteuse incompatible avec le PSL.
Acte transfusionnel
L'acte transfusionnel est réalisé par un médecin ou, sur prescription médicale, par une sage-femme ou un infirmier, à condition qu'un médecin puisse intervenir à tout moment. Il doit être réalisé dans des conditions permettant une surveillance appropriée du patient.
Avant toute administration, le professionnel doit disposer du dossier et des documents transfusionnels nécessaires à la réalisation de l'acte.
Le contrôle ultime pré-transfusionnel
Le contrôle ultime constitue une étape essentielle de la sécurité transfusionnelle. Il est réalisé au lit du patient, en présence du patient, juste avant la transfusion.
Il comporte notamment :
- le contrôle ultime de concordance, permettant de vérifier la concordance entre l'identité du patient, la prescription, la fiche de délivrance et les caractéristiques du PSL ;
- lorsque cela est requis, le contrôle ultime de compatibilité, notamment ABO pour les CGR, réalisé avec le dispositif prévu à cet effet.
Toute discordance ou tout résultat douteux doit conduire à ne pas transfuser le produit et à rechercher l'origine de l'anomalie selon la procédure de l'établissement. La transfusion ne doit débuter qu'après résolution de la discordance. La fiche de délivrance rappelle le caractère obligatoire des deux temps du contrôle ultime pré-transfusionnel en présence du patient.
Mise en place de la transfusion
La transfusion est réalisée dans le respect des règles d'hygiène et d'asepsie. Le dispositif de transfusion utilisé est muni d'un filtre adapté aux PSL.
La transfusion doit être réalisée sur une voie veineuse adaptée. Le professionnel vérifie notamment la perméabilité de la voie d'abord et s'assure que les produits administrés par cette voie sont compatibles avec le PSL.
La transfusion débute à un débit permettant une surveillance particulièrement attentive pendant les premières minutes. Pour les CGR, la HAS recommande notamment une administration lente pendant les 15 premières minutes, puis une adaptation du débit en fonction de la tolérance clinique du patient.
Il n'est donc pas souhaitable de retenir une règle rigide du type « 5 mL/min pendant 15 minutes puis 10 mL/min ». Le débit doit être adapté au type de PSL, à la situation clinique, à l'âge du patient, à son poids, à son état cardiovasculaire et au degré d'urgence transfusionnelle.
Chez les patients présentant un risque de surcharge circulatoire, notamment en cas d'insuffisance cardiaque ou de fragilité particulière, le débit peut devoir être réduit et la durée de transfusion prolongée, selon prescription et surveillance médicale.
En situation d'urgence hémorragique, les modalités de transfusion sont adaptées au contexte clinique et aux protocoles d'urgence de l'établissement.
Durée de la transfusion
La durée d'administration d'un PSL ne doit pas être définie par une durée fixe applicable à tous les patients. Elle dépend notamment du type de produit, du volume à transfuser, de l'état clinique du patient et du degré d'urgence.
À titre indicatif, chez un adulte stable :
| Nature | Durée moyenne de |
| CGR | 1h30 à 2h |
| Plasma | selon la situation |
| Plaquettes | 30 à 1h |
Ces valeurs sont indicatives et ne remplacent pas les prescriptions et protocoles locaux. La transfusion doit toujours être adaptée à la tolérance clinique du patient. Pour les CGR, la HAS indique notamment une durée moyenne d'environ deux heures et recommande d'adapter le débit après les 15 premières minutes.

Surveillance pendant et après la transfusion
La surveillance du patient est particulièrement attentive pendant les premières minutes de la transfusion, période au cours de laquelle peuvent apparaître certaines réactions transfusionnelles aiguës.
Le patient doit ensuite être surveillé régulièrement pendant toute la durée de la transfusion. La surveillance comprend notamment l'évaluation de l'état clinique et, selon les protocoles de l'établissement et la situation du patient, la mesure des paramètres vitaux : fréquence cardiaque, pression artérielle, température, fréquence respiratoire et, si nécessaire, saturation en oxygène.
Une surveillance particulière est nécessaire chez les patients présentant un risque de surcharge circulatoire, de réaction transfusionnelle ou de complication liée à leur état clinique.
Le patient doit également être surveillé après la transfusion. La durée et les modalités de cette surveillance dépendent notamment du contexte clinique, du type de PSL transfusé et des protocoles de l'établissement.
En cas d'apparition d'un signe ou symptôme inhabituel pouvant évoquer une réaction transfusionnelle, la transfusion doit être immédiatement interrompue et le patient pris en charge conformément à la procédure de l'établissement. Le médecin doit être prévenu rapidement.
Traçabilité de la transfusion
La traçabilité de l'administration du PSL doit être réalisée dès le début de la transfusion et permettre d'établir le lien entre le produit délivré et le patient auquel il a été effectivement transfusé. Cette traçabilité constitue un élément fondamental de l'hémovigilance.
L'administration, la non-administration ou l'interruption d'un PSL doivent être enregistrées conformément aux procédures de l'établissement.
Les informations nécessaires à la traçabilité sont notamment reportées dans le dossier du patient et transmises au circuit d'hémovigilance et à l'établissement de transfusion sanguine selon les modalités prévues.
Sortie du patient
Lors de la sortie du patient, les informations relatives à la transfusion doivent être intégrées au dossier médical et transfusionnel conformément aux règles de traçabilité de l'établissement.
Le patient doit également disposer des informations nécessaires concernant sa transfusion et son suivi. Selon l'organisation de l'établissement, un document ou un courrier de sortie peut notamment mentionner :
- l'identité du patient ;
- la date de la transfusion ;
- la nature des PSL transfusés ;
- le nombre ou la quantité de PSL administrés ;
- les éventuels incidents ou effets indésirables survenus pendant ou après la transfusion ;
- les informations utiles à la poursuite de la prise en charge.
Ces informations sont particulièrement importantes pour les transfusions ultérieures, car les antécédents transfusionnels peuvent avoir des conséquences sur la sélection future des PSL, notamment en matière d'allo-immunisation érythrocytaire.